Coup de cœur inattendu pour cette jolie parution de Lumen qui a de quoi laisser quelque peu sceptique au démarrage.

C’est ainsi que fonctionne la méritocratie. Les faibles chutent. Les forts s’élèvent.

TITRE : Outrenoir (1) : Les Titans du Ciel
AUTEUR : Marc J. Gregson
ÉDITEUR : Lumen
NOMBRE DE PAGES : 580 pages
DATE DE PARUTION : 06/06/2024
GENRE : Fantasy
PRIX : 18€ (Broché) – 9,99€ (e-book)
RÉSUMÉ : Lorsque son oncle tue son père pour s’emparer du titre d’archiduc, Conrad se retrouve condamné à vivre parmi les Subs, les plus pauvres des plus pauvres. Six ans plus tard, animé par un puissant désir de vengeance, le jeune homme est prêt à tout pour retrouver son rang et sauver la seule famille qui lui reste, sa sœur.
Mais sur son île natale comme ailleurs aux confins du ciel, on s’élève d’abord au mérite. Et bientôt Conrad est recruté comme apprenti parmi des centaines de candidats au sein de la guilde de la Chasse – la plus dangereuse de toutes. Le compte à rebours est lancé : il a deux mois pour faire ses preuves lors d’une compétition à mort, où ses ennemis ne sont pas forcément ceux qu’il croit…
Entre les gorgantauns – ces monstres géants qui font régner le chaos –, les nuages noirs toxiques qui flottent sous les îles et les murmures de rébellion de plus en plus palpables, il n’y a qu’un pas de l’ascension à la chute. Embarquez à bord du Gladian et voguez aux quatre coins du ciel dans un univers qui n’est pas sans rappeler ceux de Brandon Sanderson ou de Pierce Brown, avec un zeste de L’Attaque des Titans !

L’UNIVERS
Dans Outrenoir, nous sommes d’entrée plongés dans une ambiance steampunk avec des notes rappelant à la fois la série Arcane et surtout l’Attaque des Titans, comme mentionné dans le résumé. Au rendez-vous : îles flottantes dans les cieux à la merci des gorgantauns, ces dragons géants de métal, cannes de duels gardiennes des héritage familiaux de chacun et objets de pouvoir vers l’ascension…
LA MERITOCRATIE
L’univers du roman se concentre autour d’un système politique intéressant, la Méritocratie. La règle est simple : pour atteindre le sommet et y demeurer, il faudra se battre pour prouver sa valeur, car seuls les plus dignes peuvent compter parmi les Supra et jouir d’une vie luxueuse. Le reste est destiné à vivre décemment parmi les Mids tandis que les plus misérables sont relégués au rang de Subs.
Petite simplification de la hiérarchie dans Outrenoir : Supra > Mids > Subs (=Noblesse > Bourgeoisie > Peuple).
Avec cette simple analogie, le roman prend une tournure plus politique, écrite intelligemment car rapidement, la Méritocratie dévoile les failles d’un système à priori équitable et efficace. Une véritable ascension est-elle possible parmi ces îles qui flottent dans les cieux ? Ceux au sommet sont-ils réellement les plus méritants ? Et puis n’y a-t-il pas toujours plus puissant ?
L’ASCENSION
C’est autour de ce désir que tourne réellement la majorité de l’intrigue. Dans ces îles flottantes où seuls le mérite et la victoire comptent pour s’élever, tous les coups sont permis et la lutte est sans relâche, pour les plus faibles des Subs et des Mids qui veulent évoluer comme pour les Supra qui redoutent la chute. Aucune erreur n’est permise. Pour accéder à l’ascension, deux solutions : prouver sa valeur au duel, en affrontant supérieur à soi pour emporter ses biens et ses titres, ou s’enrôler auprès d’une des Guildes afin d’exploiter ses talents au service des autres. Pourtant, même là, la concurrence est rude…
Comment croire en les autres, comment tisser des liens et accorder sa confiance quand tout le monde est susceptible de trahison pour parvenir au but suprême ? Comment prendre le risque de laisser les sentiments retenir les coups ?
L’INTRIGUE
DANS LA VEINE DE L’ATTAQUE DES TITANS
Comme précisé dans la rubrique univers, il y a dans ce roman une forte inspiration du manga d’Hajime Isayama, L’Attaque des Titans (SNK). Le schéma scénaristique est très ressemblant. Même le titre de ce premier tome, les Titans du Ciel, semble avoir été tiré du manga.
Ici, les Titans prennent la forme de serpents géants volants dont nous ignorons nombre de secrets (qui sont-ils, que veulent-ils ? comment les vaincre ?). La guilde de la Chasse, chargée de traquer ces monstres, s’apparente quant à elle au fameux bataillon d’exploration.
Par ailleurs, le roman s’ouvre sur une scène qui rappelle le tout premier épisode/tome du manga ; c’est si ressemblant que cela en est troublant, même trop. Plusieurs scènes du roman m’ont faite penser à celles de l’animé, au point que cela m’a un peu refroidie au début de ma lecture, par peur de n’y voir qu’une réécriture sans aucun apport narratif ni aucune différence – mais rassurez-vous, c’est bien le cas ! Si la majeure partie du roman marque bien sa différence et trouve sa propre voie, la fin de ce premier tome se conclue sur un autre arc narratif qui ressemble également un de ceux SNK, mais en y apportant son propre twist.
UNE HISTOIRE HALETANTE ET COMPLEXE
Si l’intrigue de base s’apparente un peu à celle de SNK, elle est en revanche bien mieux construite, et beaucoup plus complexe. Il y a un véritable apport de l’auteur, au-delà de la simple inspiration ; c’est plus réfléchi et plus travaillé.
Prêt à tout pour retrouver sa place parmi les Supras et arracher sa sœur des griffes de son oncle assassin, Conrad rejoint la Chasse avec pour seul but de se tailler un nom parmi la guilde le plus rapidement possible. La promesse du roman est classique des séries de fantasy, relativement simple, avec une finalité bien précise. Néanmoins, à mesure que le roman progresse, cette intrigue basique prend de l’ampleur et gagne en complexité, tant au niveau des personnages, de leur ambitions et de leurs sentiments que du côté de l’histoire en elle-même, le tout dans une jolie cohérence et à un rythme qui nous tient en haleine car chaque chapitre apporte son lot de rebondissements.
Élément appréciable, ce premier tome est raconté de telle sorte que le paroxysme narratif du roman est un véritable cliffhanger ; pour ma part, je ne l’ai pas compris en avance, ce qui est assez rare dans mes lectures.
LES PERSONNAGES
Nous passons la majorité de ce premier tome aux côtés de l’équipage du Gladian, auquel Conrad se retrouve mêlé. Chaque personnage est suffisamment bien travaillé pour être distinct des autres. Même si elles ne sont pas forcément détaillées, tous ont une histoire propre qui les conduit – plus ou moins par hasard – à intégrer la guilde de la Chasse et avec leurs valeurs, leurs émotions et leurs désirs propres. Dans ce monde où chacun cherche à accéder à l’ascension, qui sera un ami ou un ennemi ? Qui trahira, qui resta fidèle ? Comment faire confiance ? A qui se fier ? Sur le Galdian, chacun à son rôle à jouer, que ce soit afin de mener la Chasse à bien ou dans les sombres desseins qui se trament dans l’ombre.
CONRAD
Quelques mots sur Conrad, le personnage principal du roman. Si de prime abord son écriture peut manquer de profondeur notamment au niveau de ses émotions, je me suis rapidement attachée à lui au point de me projeter dans ses ressentis. C’est un personnage qui a une évolution très marquée tout au long de ce premier tome ; c’est rare que ce soit aussi flagrant, et surtout, c’est très bien amené, en cohérence avec le fil de l’histoire. Au début empli de vengeance et de colère, le personnage de Conrad se développe à mesure que le temps passé auprès de la Guilde de la Chasse et que les liens se créent avec ses membres et l’équipage du Gladian. Mention spéciale pour la relation entre Conrad et Masse que j’ai vraiment adoré et qui rajoute un vrai élan à l’intrigue ! (j’aimerais vous en dire plus mais j’ai trop peur de vous spoil…)
L’ÉCRITURE
Cela faisait longtemps que je n’avais pas lu de roman écrit par un homme, et ça se ressent – ce n’est pas une mauvaise chose : c’est juste différent. Là où les écritures féminines ont tendance à plus s’attarder sur les descriptions des émotions et de l’environnement, ici, c’est beaucoup plus léger et je dois admettre que cela m’a dérangé au début.
Les émotions de Conrad sont très peu détaillées, voire même évoquées au début de l’intrigue. Là où j’ai plus l’habitude de descriptions suggestives, ici, c’était beaucoup plus franc et direct, moins nuancé.
Si cela peut manquer à certaines reprises, cela permet en revanche de maintenir un rythme rapide et entraînant dans l’intrigue et de plus s’attarder sur ce qui se passe concrètement. D’ailleurs, plus le roman avance, plus l’auteur nous immerge et nous détaille les émotions de Conrad. De prime abord mystérieux, on finit dans une certaine mesure par se mettre dans sa peau. L’écriture évolue en même temps que Conrad.
RESSENTI GÉNÉRAL
En toute honnêteté, je ne m’attendais pas à aimer autant ce premier tome car les similarités du début avec l’Attaque des Titans m’ont refroidie. En approfondissant la lecture, c’est une intrigue différente qui se dévoile finalement. Bien que la trame de fond reste malgré tout plus ou moins la même, les personnages, l’aventure et la manière dont le roman est écrit apportent une autre dimension.
C’était le premier vrai roman de fantasy jeunesse pure que j’ai lu depuis un moment, et cela m’a franchement manqué. Mon dernier coup de cœur était La Passeuse de Mots, dont le style d’écriture est en complète opposition. Dans la Passeuse de Mots, l’écriture est infiniment plus descriptive, surtout au niveau des émotions et des relations entre les deux personnages principaux, tandis qu’ici, le manque de descriptions laisse place à plus d’actions.
J’en ai eu peur au début, moi qui aime énormément le détail, mais cette “absence” de descriptions – il y a en tout de même, de façon plus diffuse – est au service d’un enchaînement d’actions rapide, ce qui est totalement cohérent avec l’intrigue du roman, l’univers et avec le personnage de Conrad, ce n’est donc pas dérangeant, bien au contraire. Pour le coup, plus de détails auraient cassé le rythme et le plaisir de la lecture.
Les personnages sont attachants à leur façon, et quand ils ne le sont pas, ils réussissent à provoquer les émotions – colère, dégoût, etc. – qu’ils sont censés susciter chez le lecteur. J’ai toujours pensé qu’il valait mieux lire un personnage qui nous agace, qui a le mérite de nous faire réagir au moins négativement que pas du tout. Ici, c’est un pari réussi.

Comme toujours, je suis rarement déçue avec Lumen.
Sans grande surprise, ce roman est un véritable coup de cœur pour moi !
L’univers est solide, bien construit, dans les codes de la fantasy steampunk, avec une intrigue en partie inspirée par l’Attaque des Titans, peut-être un peu trop au début. Dès le début, nous sommes plongés dans ce monde peuplé d’îles volantes, où seule la victoire et le mérite importe ; le système de la Méritocratie apporte une dimension plus approfondie et politique à l’intrigue. Le point de vue de Conrad, notre héros, autrefois Supra condamnés à vivre parmi les Subs, nous interroge sur la réelle définition du mot, voire sur son existence même, et sur l’(im)possiblité de tisser de liens véritablement sincères si tout le monde prétend à s’élever au dessus d’autrui.
L’écriture est à l’image de Conrad, le héros du roman : directe et dans l’action. Bien différente d’une écriture féminine plus axée sur les émotions avec des descriptions souvent plus poussées, celle de Marc. J. Gregson est très efficace ici. En effet, si le manque de descriptions du roman peut être déstabilisant au début de l’intrigue, ce n’est que pour mieux suivre le rythme rapide à bord des événements qui s’enchaînent au sein de la Chasse et à bord du Gladian, où chacun est constamment en mouvement, dans l’attente de voir surgir un gorgantaun, ces monstres de métal des cieux, et où la trahison peut surgir à tout instant.
Les personnages sont tous construits de manière cohérente, avec des personnalités bien distinctes, et que cela soit de l’attachement, de la colère, de la méfiance, tous ont le mérite de nous faire ressentir une émotion. A mesure qu’ils s’enlisent dans les rouages d’une intrigue plus complexe qu’elle n’y paraît au premier abord, chacun se révèle à sa manière, les relations se nuancent et se construisent. Le personnage de Conrad a une très belle évolution sur ce premier tome, très marquée en regard à celui que nous rencontrons au début de l’histoire. J’ai tout particulièrement aimé sa relation avec Masse, qui est capitale au rythme de l’intrigue.
Outrenoir : Les Titans du Ciel est un très bon premier tome, prometteur d’une belle aventure pour la suite de la série. J’ai hâte de découvrir le tome 2 ! Rendez-vous début mars 2025 pour la suite des aventures de Conrad, Bryce et Masse.







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